Journal canadien des entraîneures
purple_line.jpg (308 bytes) La formation en prise de décisions : Une approche innovatrice en matière d’encadrement sportif

L’Institut national de formation des entraîneurs – Calgary (INFE – Calgary) offre la formation en prise de décisions comme cours de base pour un encadrement sportif efficace depuis 1994. Au fil des ans, la formation en prise de décisions a acquis la réputation d’être un moyen constructif d’améliorer la confiance des nombreuses entraîneures qui encouragent instinctivement leurs athlètes à penser par elles-mêmes.

Cyndie Flett, directrice du programme Les entraîneures de l’Association canadienne des entraîneurs, estime que la formation en prise de décisions et la validation qu’elle apporte sont très pertinentes pour les entraîneures. «L’expérience m’a révélé que certaines entraîneures mettent en doute leurs habiletés professionnelles car elles ne connaissent à peu près personne d’autre qui favorise une approche axée sur la responsabilisation. Le doute s’immisce lorsqu’elles constatent qu’elles sont seules à utiliser cette approche et que les athlètes, qui n’ont pas l’habitude d’être consultées, remettent en question les connaissances de leur entraîneure. La formation en prise de décisions apprend aux entraîneures qu’elles devraient avoir confiance en ce style d’encadrement sportif, que celui-ci est efficace et qu’elles devraient profiter de toutes les occasions de formation en prise de décisions.»

Dans ce numéro du Journal, Joan Vickers, l’auteure de la formation en prise de décisions, propose une explication exhaustive du concept et met en évidence, par le fait même, sa valeur comme instrument permettant aux entraîneures de former leurs athlètes à devenir plus autoréflectifs, à prendre leurs propres décisions, à être plus autonomes et, par conséquent, à être mieux préparées à s’entraîner et à prendre les décisions nécessaires pour obtenir d’excellentes performances en compétition. Elle met en évidence le contraste frappant entre la formation en prise de décisions et l’approche traditionnelle qui met l’accent sur l’entraînement des habiletés et des capacités nécessaires à la performance, et qui encourage peu l’athlète à penser et à agir de façon indépendante. Elle présente «Les 3 étapes de la planification de la formation en prise de décisions» et «Les 7 outils de la formation en prise de décisions» qui sont au cœur de cette formation.

Les nombreuses diplômées de l’INFE qui ont reçu une formation en prise de décisions, dont Moira Marshall, entraîneure de Cindy Klassen, médaillée de bronze olympique en patinage de vitesse sur longue piste, et Melody Davidson, entraîneure adjointe de l’équipe canadienne de hockey sur glace médaillée d’or aux Jeux olympiques, affirment que la théorie de la formation en prise de décisions est facilement mise en pratique. Ces deux entraîneures accomplies voient la formation en prise de décisions comme une composante essentielle de l’encadrement qu’elles fournissent et estiment qu’elle améliore leur confiance et leur capacité à former des athlètes autonomes.

La formation en prise de décisions est un instrument éprouvé et puissant, essentiel à la formation de toutes les entraîneures engagées. – Sheila Robertson

Les entraîneures chantent les louanges de la formation en prise de décisions



Moira Marshall

Moira Marshall est entraîneure de patinage de vitesse à l’Anneau olympique de Calgary. Elle est l’ancienne entraîneure de l’équipe nationale de développement et une ancienne membre du personnel d’entraînement de l’équipe canadienne de patinage de vitesse aux Jeux olympiques d’hiver de 2002. Elle est une ancienne patineuse de vitesse olympique ayant représenté les États-Unis au patinage de vitesse sur courte piste aux Jeux olympiques de 1988, et au patinage de vitesse sur longue piste aux Jeux olympiques de 1992 et de 1998. Elle a fréquenté l’Institut national de formation des entraîneurs – Calgary de 1998 à 2000.

«J’ai suivi le cours de Joan sur la formation en prise de décisions au cours de ma deuxième année à l’INFE. Un des aspects les plus intéressants de ce cours est qu’il a confirmé ce que j’ai toujours estimé être la meilleure méthode d’encadrement. J’appliquais déjà, d’ailleurs, certaines composantes du cours.»

«Le travail de Joan m’a été utile en m’aidant à rédiger mes programmes d’entraînement. Tous les programmes d’entraînement doivent être solides sur le plan physiologique, bien entendu, mais ils doivent aussi comprendre un volet technologique et tactique, et c’est à ce niveau que la formation en prise de décisions entre en ligne de compte. Je devais concevoir mon programme d’entraînement de façon à obliger les athlètes à penser à leur patinage. Par exemple, sur le plan tactique, l’athlète de patinage de vitesse doit savoir comment il ou elle amorce et quitte un virage. Je préparais un aspect différent de la technique pour chacun des intervalles, ce qui offrait, en fait, un entraînement aléatoire. Dans cette même veine, lors des discussions sur les aspects techniques, je demandais à chaque athlète de me dire de quoi il s’agissait et d’expliquer la façon dont la situation serait abordée. J’incitais ainsi les athlètes à penser à leur propre entraînement et à ne pas se fier uniquement à moi.»

«Un des éléments les plus importants de la formation en prise de décision est la transmission de la rétroaction où l’on encourage les athlètes à penser et à prendre leurs responsabilités. On leur demande ‹Qu’as-tu ressenti? Pourquoi en est-il ainsi?›. Je donnais beaucoup de rétroaction, au début, afin que les athlètes sachent que je maîtrisais mon sujet. Ce n’était pas une chose que j’aimais faire. Le cours de Joan a confirmé ce que j’estimais être la bonne méthode, à savoir de varier la rétroaction afin d’inciter les athlètes à penser par eux-mêmes ou elles-mêmes, à prendre le contrôle de leur entraînement, et à ne pas toujours se fier à leur entraîneure pour trouver une réponse. Des athlètes mettent beaucoup de temps à apprendre à fonctionner de cette façon et à analyser leur entraînement et leur course, mais il est important qu’ils le fassent.»

«La rétroaction sur vidéo est un autre aspect très utile. Il est important que les athlètes voient leur prestation et pensent à ce qu’ils ou qu’elles font de bien et ce qui est à corriger. Je peux dire aux athlètes qu’ils doivent se pencher davantage mais, dans bien des cas, ils ne vont le croire que lorsqu’ils l’auront constaté de leurs propres yeux. La rétroaction sur vidéo est un moyen efficace de les aider à voir par eux-mêmes ou elles-mêmes. Je ne donne pas mon avis à l’athlète lorsque j’utilise la rétroaction sur vidéo après un entraînement par intervalles ou une course. Je lui demande plutôt ‹Que vois-tu? Que penses-tu?›. Des athlètes apprennent mieux en observant des signes visuels, ce qui constitue une autre raison du succès de la rétroaction sur vidéo.»

«Enfin, l’outil ‹complexe-d’abord› est extraordinaire. Je réussis à les faire patiner vite, même les jeunes athlètes, et à tout exécuter, sans décomposer la course de façon précoce. La technique est très différente à basse vitesse et en course. Nous commençons donc par la vitesse et nous faisons un retour en arrière plus tard, afin de travailler le début ou la fin de la poussée. Nous ne travaillons pas cet aspect au début.»


Melody Davidson

Melody Davidson est entraîneure-chef de l’équipe féminine de hockey sur glace de l’université Cornell, à Ithaca, dans l’État de New York. Elle était l’entraîneure adjointe de l’équipe nationale féminine canadienne aux Jeux olympiques de 2002 et au Championnat du monde de 2000, et entraîneure-chef au Championnat du monde de 2002. Elle a aussi été l’entraîneure-chef de l’équipe féminine de moins de 22 ans de 1998-1999. Elle est de la promotion de 1997 de l’Institut national de formation des entraîneurs – Calgary.

«Je n’étais pas convaincue à cent pour cent lorsque Joan a parlé de la formation en prise de décisions au cours de mes études à l’INFE. J’ai commencé à en constater les bienfaits pendant le cours et elle est devenue aujourd’hui un aspect naturel de mon encadrement. La formation en prise de décisions m’a aidée de deux façons dans mon travail d’entraîneure.»

«Premièrement, elle a élargi mes horizons sur la façon d’enseigner les habiletés. L’entraînement aléatoire, à savoir l’intégration de différentes habiletés dans une même séance d’entraînement au lieu de la progression régulière des habiletés, s’est avéré très utile. Bien entendu, cette méthode ne peut réussir que si les athlètes maîtrisent déjà les aptitudes de base et possèdent une certaine expérience du jeu. L’entraînement aléatoire ne donne pas de résultats visibles au début, surtout chez les jeunes athlètes moins habiles. Il faut de la patience. Avec mes athlètes universitaires, je fais du développement de base le lundi et le mardi et de l’entraînement aléatoire le mercredi et le jeudi. Je leur pose une foule de questions sur ce qu’elles ont observé et la façon dont elles exécuteraient certaines stratégies. Nous avons fait beaucoup d’entraînement aléatoire avec l’équipe nationale, et nous étions ainsi en train de créer plusieurs situations où les athlètes devaient penser à la façon de jouer efficacement et ensemble dans de nouvelles situations.»

«Deuxièmement, la formation en prise de décisions m’aide aussi beaucoup dans la planification de mes entraînements. Elle m’a appris à créer de nombreuses situations différentes où les athlètes doivent penser à la façon d’exécuter une certaine stratégie. Elle m’a appris à poser beaucoup de questions à mes athlètes au lieu de leur dire ce qu’elles devaient faire et comment le faire. C’est devenu une seconde nature pour moi. La formation en prise de décisions m’a donné énormément de confiance comme entraîneure.»

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FÉVRIER 2003
Vol. 3, N° 3
Première page
Table des matières

La formation en prise de décisions : Une approche innovatrice en matière d’encadrement sportif

Quelle est la base de la formation en prise de décisions?

Quelle a été l’évolution de la formation en prise de décisions?

Comment transmet-on la formation en prise de décisions?

Les sept outils de formation en prise de décisions

Quand a-t-on besoin de la formation en prise de décisions?

La formation en prise de décisions crée-t-elle un nouvel environnement d’encadrement?

Est-ce que les entraîneurs et entraîneures utilisent la formation en prise de décisions?

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Éditrice : Cyndie Flett, directrice du programme, Les entraîneures, Association canadienne des entraîneurs

Rédactrice en chef : Sheila Robertson

Comité de rédaction :
Guylaine Demers
Cyndie Flett
Dru Marshall
Rose Mercier
Sheila Robertson
Penny Werthner

Préparatrice des textes : Joan Salton

Traduction : MATRA • gs Inc.

© 2002 Association canadienne des entraîneurs
ISSN 1496-1547


Association canadienne des entraîneurs
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