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Jay Triano entre dans l’histoire
Entraîneurs et entraîneures à la une

par Sheila Robertson

Le 4 décembre 2008, Jay Triano s’appropriait les manchettes à la suite de sa nomination comme entraîneur-chef intérimaire des Raptors de Toronto de la National Basketball Association (NBA), devenant ainsi le premier Canadien de l’histoire de la NBA à détenir un poste d’aussi haut niveau dans l’entraînement. Il fait la une à nouveau le 11 mai 2009 alors que le président des Raptors de Toronto a fait l’annonce de son embauche à titre d’entraîneur-chef et la signature d’un contrat de trois ans avec l’équipe. « Malgré certaines circonstances difficiles la saison dernière, Jay Triano n’a jamais cessé d’entraîner, d’enseigner et de démontrer du leadership à la tête de l’équipe, ce qui a résulté en une bonne fin de saison » a mentionné Colangelo. « À la suite d’un processus complet d’évaluation, il est clair que Jay est le bon entraîneur pour guider cette équipe dans le futur. »  

 

La nomination de Triano à titre d’entraîneur-chef intérimaire est survenue peu de temps après le renvoi de Sam Mitchell qui avait mené les Raptors aux séries éliminatoires à deux reprises et obtenu le titre d’entraîneur de l’année de la NBA pour la saison 2006-2007. Les débuts difficiles de la saison 2008-2009 ont causé la perte de Mitchell.

Jay Triano, un entraîneur de Niveau 4 du Programme national de certification des entraîneurs, s’est adapté en douceur au travail dans un environnement sous pression. C’est en raison, selon lui, de son expérience. Effectivement, son bagage typiquement canadien est impressionnant. Membre de l’équipe nationale pendant onze ans, capitaine d’équipe et trois fois athlète olympique, il a été entraîneur-chef pour l’Université Simon Fraser de 1988 à 1995 et entraîneur-chef de l’équipe canadienne de 1998 à 2004. Il possède des connaissances approfondies de la NBA, connaissances qu’il a acquises au cours des six ans où il a été commentateur et directeur des relations avec la communauté pour les Grizzlies de Vancouver. «Je m’investissais dans les parties sans avoir la pression d’être entraîneur», dit-il. «Je pouvais analyser les parties, les décomposer et voir vraiment comment se déroule le jeu dans la NBA.» Après la disparition des Grizzlies en 2001 (quand l’équipe a été relocalisée à Memphis, Tennessee), Jay Triano est déménagé à Toronto pour y devenir analyste de basketball pour le réseau TSN. En 2002, il s’est joint à l’organisation des Raptors en tant qu’assistant, ce qui a fait de lui le premier entraîneur canadien de la NBA.

 

Jay Triano n’a pas cherché le poste d’entraîneur-chef. En fait, quand il était plus jeune, il ne rêvait même pas de devenir un jour entraîneur dans la NBA. C’est seulement à sa sortie de l’équipe nationale qu’il a commencé à envisager cette possibilité. «À partir du moment où j’ai vraiment pu centrer mon attention sur la NBA, j’ai peu à peu pris de l’assurance et j’ai commencé à penser que je pourrais un jour être entraîneur-chef, mais je savais que tout devait se faire de façon convenable. Parfois, les équipes de la NBA recrutent leurs assistants dans une équipe gagnante et parfois, l’occasion se présente lorsqu’un entraîneur-chef se fait congédier. Et je ne voulais surtout pas que cela se produise, car j’appréciais travailler pour Sam. Il m’a donné beaucoup de responsabilités comme assistant, alors ce n’est pas comme si je n’avais jamais eu mon mot à dire dans le vestiaire et sur le terrain de pratique.»

 

Lorsque l’inattendu s’est produit, quels ajustements Jay Triano a-t-il dû apporter à sa façon d’entraîner? «Pas un seul», a-t-il répondu.

 

«Quand j’ai eu le poste, j’ai dit que cela ne me changerait pas. Je reste moi-même. J’entraîne comme j’ai appris à entraîner. Presque tous les gestes que je pose sont basés sur ce que j’ai appris de mon propre entraîneur, [le défunt] Jack Donohue. Si je change ma façon d’entraîner et que ça ne fonctionne pas, je vais le regretter; je ne veux pas avoir de regrets.»

 

Même la pression intense ne cause pas le moindre problème. Jay Triano fait remarquer que, comme il convient à un entraîneur adjoint, il faisait des suggestions et Mitchell prenait les décisions. Maintenant que c’est lui qui mène le jeu, il fait de même avec la contribution de ses assistants, Alex English, Mike Evans et Gord Herbert. «Nous travaillons en équipe. Je suis leurs conseils et c’est pourquoi je ne ressens aucune pression. Je n’ai jamais été nerveux pendant les parties parce que nous sommes bien préparés. Quand on est préparé, il n’y a pas lieu d’être nerveux. Il s’agit simplement de faire son travail.»

 

Reconnu comme un entraîneur pour qui le comportement éthique est très important, Jay Triano base sa philosophie d’entraînement sur l’honnêteté, le respect, la communication ouverte, les relations interpersonnelles solides, des concessions justes et une éthique du travail inébranlable (http://www.coach.ca/fra/ethique/discussion_1.cfm). «J’étais conscient que ça allait être une année difficile, mais honnêtement, tout ce que je pouvais faire, c’est travailler aussi fort que possible, entraîner du mieux que je peux et espérer que tout irait bien pour tous afin que nous devenions une meilleure équipe et que j’obtienne un prolongement de mon contrat. Travailler fort a toujours été mon approche et c’est tout ce qu’on peut faire. On ne peut pas s’inquiéter des résultats et se laisser prendre par les conséquences. Il s’agit de travailler fort tous les jours sans exception, et d’essayer de rendre l’équipe meilleure et d’amener les joueurs à grandir en tant qu’individus.»

 

«Dans ce métier, si cela se produit, on est récompensé. Sinon, on ne l’est pas. Il est donc inutile de se mettre beaucoup de pression sur les épaules.»

 

L’encouragement des Canadiens et des Canadiennes partout au pays en a été une récompense directe. «Je reçois beaucoup de courriels et d’appels; les gens sont d’un très grand soutien et oui, ça me rend heureux. C’est vraiment agréable de faire effet et de préparer éventuellement le terrain pour d’autres Canadiens et Canadiennes. Si en travaillant fort j’ouvre les portes pour d’autres, ce sera super.»

 

« Lorsque je regarde notre fiche, je veux l’améliorer. Si je deviens un point de référence pour les entraîneurs canadiens, alors je veux que cette référence soit établie parce qu’elle est marque de succès » mentionnait Triano en regard à sa promotion.

 

Pour Jay Triano, le plus grand problème s’est révélé être la gestion de son temps. Ses responsabilités au sein de l’équipe nationale l’occupaient surtout pendant l’été, l’équipe jouant quinze parties tout au plus. En tant qu’assistant dans la NBA, sa charge de travail était beaucoup plus importante, comportant une préparation intense et l’étude en profondeur du style de dix adversaires pendant les 82 parties du calendrier. Comme entraîneur-chef, il fait la même préparation pour les 20 adversaires et il est présent derrière le banc trois à quatre fois par semaine. «Ce qui est difficile, c’est le nombre d’heures nécessaires pour être complètement préparés chaque fois que nous nous retrouvons sur le plancher. On ne peut pas trop s’emporter au sujet des victoires et des défaites parce que l’autre partie suit de très près. Il y a beaucoup de réunions, de séances d’entraînement non officielles et de séances de visionnement avant chaque partie. C’est difficile, car le temps dont nous disposons est très limité.»

 

Tout ceci laisse peu de temps pour l’entraînement. «Pendant mes six premières semaines en tant qu’entraîneur-chef, j’ai entraîné 21 parties et j’ai peut-être eu sept séances d’entraînement. Dans la NBA, tout se passe pendant les parties, ce qui représente un défi pour l’enseignement et l’ajustement des méthodes.»

 

Jay Triano s’empresse de faire remarquer que ses joueurs sont dévoués à la partie et que, contrairement à ce qu’en pense le public, ils ne jouent pas seulement pour leur salaire. «La seule différence entre les excellents joueurs de l’équipe nationale et ceux-ci est le chèque de paye, et ils gagnent un montant ridicule. Cependant, quand ils sont sur le plancher, ils ne pensent aucunement au salaire qu’ils gagnent; ils sont des compétiteurs. C’est ce qui rend la partie agréable à jouer et c’est là que la pureté du sport entre en jeu. Il s’agit de se donner à fond pendant 48 minutes et de compétitionner vigoureusement.»

 

Canada Basketball a récemment approché Jay Triano et ce dernier est enchanté de s’investir une fois de plus dans l’organisme national. À l’invitation de Wayne Parrish, directeur administratif et directeur général de l’organisme, il s’est joint au Comité de l’excellence, un comité consultatif composé de neuf personnes, qui a pour but de guider la progression des programmes de haute performance. En plus de Jay Triano, le conseil compte parmi ses rangs Steve Nash, deux fois gagnant du titre de joueur le plus utile de la NBA, les entraîneurs universitaires Don McCrae et Kathy Shields, les anciens entraîneurs de l’équipe nationale masculine Ken Shields et Steve Konchalski, le vice-président principal aux opérations de basketball des Raptors, Maurizio Gherardini, le dirigeant des opérations de basketball pour les Knicks de New-York, Glen Grunwald, et l’athlète olympique Sylvia Sweeney, nommée joueuse la plus utile au championnat du monde féminin de la FIBA (Fédération Internationale de Basketball) en 1979. «Je veux aider le programme et j’espère ramener le Canada sous le feu des projecteurs internationaux», dit Jay Triano. «J’aime ce que fait Wayne et j’aime sa façon d’aborder la situation, pas seulement avec moi, mais aussi avec les autres.»

 

L’optimisme est le mot d’ordre pour l’entraîneur-chef Triano. «Je suis extrêmement compétitif et j’aime gagner. J’aime aussi voir les joueurs et l’équipe devenir meilleurs. Nous faisons de bonnes choses et nous sommes sur la bonne voie. Je vois que nous nous améliorons à la défense et à l’attaque et que nous jouons avec intensité; il y a du succès dans tout ça. C’est le plaisir que je tire de l’entraînement.»

Sheila Robertson demeure à Ottawa. Elle est auteure et rédactrice spécialisée dans l’entraînement et dans les sujets qui touchent les femmes dans le sport.


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